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Comment les chevaux transforment la Perception et l'Écoute


Deux entiers qui communiquent ... des milliers de signes transmis de l'un à l'autre
« Le langage le plus énergique est celui où le signe a tout dit avant qu’on parle. » JJ. Rousseau, L’Essai sur l’origine des langues (1781)

L’idée de cet article m’est venue face à un dirigeant de PME me faisant part de son incompréhension entre les exercices avec un cheval et l’amélioration de la communication que peut développer un manager. Sa confusion était générée par un de mes propos : les chevaux « parlent » en silence.



Lorsqu'on évoque la communication non-verbale et ses implications dans le monde professionnel, peu imaginent que les chevaux puissent être des maîtres dans ce domaine.

Diplômée universitaire en éthologie du cheval et coach professionnelle spécialisée en neurosciences, je vais développer en quoi, pour moi, ces animaux magnifiques sont des guides subtils mais puissants pour explorer notre monde intérieur et perfectionner nos compétences en communication.



La puissance incontestée des chevaux est qu’en leur présence, nous ne pouvons pas éviter de communiquer.

D’abord avec nous-mêmes.


Pour ce faire, point besoin de hausser le ton ou de nous contraindre. En silence, les chevaux nous confrontent à nous-mêmes d'une manière unique. Impossible de ne pas ressentir d’émotions en leur présence. Même quand ils ne font rien.



De nombreux travaux conduits en psychologie ainsi qu’en neurobiologie humaine ont permis de mieux comprendre et appréhender les émotions. Pour résumer, les émotions sont le reflet de la perception subjective d’une situation par un individu, induisant des modifications :

  • Comportementales : au niveau des expressions faciales, des vocalisations, de l'activité, des postures, de la fuite, du combat, des approches, de l'investigation ;

  • Physiologiques sur les rythmes cardiaque et respiratoire, la pression sanguine, la transpiration, et les taux hormonaux ;

  • Cognitives avec la perception, l'analyse et la mémorisation de l'information par le cerveau.



Le chevaux nous placent de facto face à nous-mêmes. Tenter de dissimuler nos sentiments en leur présence est vain car ils perçoivent clairement la teneur de nos états émotionnels :

  • Une étude éthologique a démontré que les chevaux perçoivent nos battements cardiaques à une vingtaine de mètres.

  • D’autres études plus récentes (Smith, 2016 ; Trösch, 2019) ont mis en évidence leur capacité à lire nos émotions :

🐎 En présence d’un humain ressentant de la colère sans la montrer, les chevaux montraient des postures de vigilance associées à des rythmes cardiaques élevés. En état de stress, le rythme cardiaque d'un cheval peut être similaire à celui du galop.

🐎 Lors de ces études, les chevaux regardait davantage et plus longtemps le visage incongruent, à savoir celui qui essayait de dissimuler/masquer l’émotion.

🐎 Encore plus interpellant : en faisant entendre la voix enregistrée de la personne sur la photo, ils savaient parfaitement orienter leur regard vers le visage qui correspondait à la voix.

🐎 Toutefois, en cas de non correspondance entre la voix et l’image, ils portaient leur regard vers l’image qui ne correspondait pas à la voix, comme s’ils étaient étonnés de cette non-correspondance.


NDLR : il s’agit ici de chevaux domestiques, nés, élevés et manipulés dans un environnement crée par et pour des humains. Une généralisation avec leurs congénères sauvages serait malvenue.



Cette confrontation initiale avec nos émotions nous pousse à travailler sur l'une des compétences les plus fondamentales en matière relationnelle, tous domaines confondus : l’ÉCOUTE.



En quoi est-elle fondamentale dans les relations professionnelles ?

Une écoute défectueuse a des répercussions significatives :

  • Mauvaise compréhension des besoins des clients ou des partenaires commerciaux conduisant à des malentendus, affectant la compréhension des besoins réels des clients ou des attentes des partenaires commerciaux. Cela peut aboutir à des solutions inappropriées ou à des services qui ne répondent pas aux attentes, entraînant une perte de confiance et de fidélité.

  • Coopération inefficace : une mauvaise écoute entre les membres d’une équipe peut mener à des quiproquos, des conflits non résolus et une mauvaise coordination, entravant la résolution de problèmes, freinant l'innovation et compromettant l’efficacité opérationnelle de l'équipe.

  • Échec des négociations : une écoute insuffisante peut faire rater des opportunités ou compromettre des accords. Lorsque les parties ne se comprennent pas correctement ou ne perçoivent pas les besoins et les préoccupations de l'autre, cela peut conduire à des accords déséquilibrés ou à des échecs de négociation.

  • Management démotivant : pour un manager, manquer des idées novatrices, des problèmes latents ou des signaux d'insatisfaction peut générer un environnement où les membres de l'équipe se sentent ignorés, démobilisés ou sous-utilisés, réduisant ainsi l'engagement et la motivation, la sienne incluse.

  • Exacerbation des conflits : une écoute insuffisante peut aggraver les conflits au sein de l'entreprise. Lorsque les personnes ne se sentent pas écoutées ou comprises, les tensions peuvent s'exacerber, aboutissant à des situations où les conflits demeurent non résolus ou s'aggravent avec le temps.


Comparée à celle des animaux en général, et ici à celle des chevaux, notre capacité d’écoute est nulle. Trop souvent, nous sommes distraits, notre attention dispersée entre diverses obligations, nous donnant l’impression qu’il n’y a rien d’intéressant autour de nous et que nous perdons notre temps.


Nos interactions humaines en souffrent.


Les chevaux, en revanche, ont une acuité sensorielle extraordinaire, faisant d’eux des observateurs extrêmement attentifs.


De fait, ils vivent dans un état de présence attentive permanente, leur survie dépendant de leur aptitude à percevoir et comprendre le moindre indice d'un danger potentiel. A ce stade, la nuance est vitale entre état de vigilance et présence attentive, l’une étant mortifère à plus ou moins court terme.


Savez-vous que lorsqu’ils broutent, signe qu’ils sont dans un état de détente, les chevaux, comme tous les herbivores, bougent leurs oreilles sans arrêt, de manière à détecter :

  • Toute forme de son irrégulier avertissant une menace potentielle,

  • Et tout aussi important pour eux, pour capter les communications des autres animaux aux alentours. Certains émettent des cris caractéristiques lorsqu’ils repèrent un prédateur et communiquent ainsi le danger à des kilomètres à la ronde.

Certes, un groupe de chevaux d’une dizaine d’individus possède ensemble plusieurs dizaines d’appareils de détection du danger qui opèrent simultanément.


Toutefois, allié aux autres espèces qu’il fréquente et avec lesquelles il partage l’espace et le temps, ce groupe possède alors un système de surveillance considérablement amplifié, lui permettant cet état de détente car ne reposant pas sur ses seules forces.


Sommes-nous capables de la même chose ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes (sondage du cabinet Empreinte Humaine publié le 20 octobre 2021 pour OpinionWay) :

  • Augmentation de 25 % du nombre de burn-out graves par rapport à mai 2021.

  • Environ 2 managers sur 10 (18 %) seraient actuellement en épuisement professionnel



En exercices avec eux, les chevaux nous interpellent sur notre attention à ce qui nous entoure. Si nous les laissons nous éduquer, nous faisons évoluer notre perception du monde. Ils nous guident à percevoir la richesse de l’environnement dans lequel nous sommes, qui pourtant ne change pas durant les exercices : nos sens et notre conscience en sortent nettement plus développés.


Quel lien entre l’écoute et les chevaux ?

Si un cheval fixe l’horizon dans une certaine direction, les autres membres de son groupe en déduisent immédiatement qu’un prédateur approche, quand bien même il n’est pas encore « visible ».


Les chevaux, et les animaux en général, sont capables d’interpréter la direction de l’attention et offrent une perspective nouvelle pour comprendre la communication humaine.


La communication est un système de survie précis et complexe. Les particules, les cellules, les autres animaux sont en constante interaction pour déterminer la direction générale de leurs mouvements.


A la vitesse de l'éclair, les réseaux de neurones d'un cerveau humain communiquent, analysent et distribuent les informations pendant une communication. Ces informations sont en interaction constante, continue et infiniment rapide avec le cerveau d'une autre personne. En bref, lorsque nous communiquons avec un autre humain, des milliers de signes et d'information sont là, "sous nos sens". Notre sensibilité, nos connaissances et surtout notre conscience détermineront les éléments que nous détecterons, donnant ainsi la couleur, le sens, à l'interaction.



Alors, quand nous écoutons l’autre, sommes-nous véritablement conscients de la réelle direction de notre attention ?

  • Le manque de conscience de la direction de l'attention peut entraîner une diminution de la présence mentale et de la concentration. Les individus peuvent être facilement distraits, ce qui nuit à leur capacité à se concentrer sur les tâches importantes ou à être pleinement présents lors des interactions professionnelles.

  • Lorsque les individus ne sont pas conscients de la direction de leur attention, ils peuvent mal communiquer. Cela peut se traduire par des informations mal transmises, des messages ambigus ou une incompréhension des besoins ou des attentes des autres parties prenantes.

  • Une direction d'attention floue peut rendre difficile la prise de décision éclairée. Les individus peuvent manquer de clarté sur ce qui est vraiment important, ce qui peut conduire à des choix inefficaces ou inappropriés pour l'entreprise.

  • Les managers qui ne sont pas conscients de la direction de leur attention peuvent avoir du mal à guider leurs équipes de manière efficace. Cela peut se traduire par un manque de vision claire, une orientation confuse pour l'équipe et un leadership moins inspirant.


Une meilleure conscience de la direction de l'attention est donc cruciale pour améliorer la réussite individuelle et collective au sein d'une entreprise.


De fait, dans les interactions, les chevaux ont la capacité de nous faire prendre conscience de ce point à l’instant T. Et nous pouvons réajuster ce qui est nécessaire pour aligner intention, attention et comportement.


En interagissant avec les chevaux, nous entrons dans un monde où la perception est rehaussée. Même si l'environnement reste identique, notre sensibilité et notre conscience de ce qui nous entoure s'intensifient. Cette nouvelle perception du monde ouvre des portes vers une écoute plus profonde et une attention plus aiguë aux détails souvent négligés dans nos interactions quotidiennes.

Avant même que vous vous soyez mis en mouvement, les chevaux savent dans quelle direction vous allez orienter votre action. Oui, oui, ils savent, quand bien même c’est imperceptible pour vous et que ça dure moins d’une seconde.


Les chevaux nous enseignent également une leçon cruciale sur l'alignement de nos intentions, de notre attention et de nos actions. Leur capacité à prévoir nos mouvements avant même que nous les exprimions ouvre une réflexion sur la cohérence entre notre langage corporel et notre intention réelle dans nos interactions humaines.


Si nous nous posons la question sur le pourquoi de quelque chose, nous amenons de la conscience dans cette direction, en nous posant simplement ces questions :

  • "Qu’est-ce que je suis en train de vivre à ce moment ? "

  • "Après quoi je suis en train de courir ?"

  • "Pourquoi est-ce que je lutte de cette façon-là ?"

  • "Qu’est-ce qui me contrarie ?"

  • "Qu’est-ce qui m’insupporte ?"

  • Etc ...


Dans nos quotidiens professionnels, nous nous formons à la communication, apprenons des théories, mais nous n’avons pas le temps d’aller au fond des choses.

En présence des chevaux, nous entrons dans un temps et une cadence différents de ceux dont nous avons l'habitude. Soudain, nous avons du temps. Celui de procéder à une espèce de montée d’un escalier progressif guidés par les chevaux. Jouant le rôle du miroir de nos émotions et de nos comportements, ils sont pourvoyeurs d’informations sensorielles à destination de notre capacité d’écoute, quelle qu’elle soit, nous permettant des prises de conscience profondément transformatrices.



Les chevaux nous amènent des clés de perception, nous permettant de devenir capables de nous ajuster en temps réel, de créer des occasions favorables et de nouer les relations que nous souhaitons.


C'est le cerveau qui, ultimement, devra synthétiser la relation. Celle-ci ne s'établit pas à coup de volonté. C'est le cerveau qui déclare que certaines conditions sont remplies.

Certes, c’est notre cerveau qui pilote la direction de nos comportements. Mais c’est notre cerveau émotionnel qui leur donne du sens.


Les chevaux nous rappellent que notre intelligence émotionnelle est le pivot de nos interactions. Ils mettent en lumière l'importance de notre cerveau émotionnel, alimenté par notre cœur, dans nos prises de décision et nos relations.


En MTC (médecine traditionnelle chinoise), le coeur est appelé L’Empereur car il gouverne le cerveau.


En conclusion, les chevaux ne sont pas seulement des créatures gracieuses, mais aussi des enseignants précieux dans l'art de la communication non-verbale.


Leur langage silencieux nous guide, à travers un apprentissage réel des soft-skills, vers une meilleure écoute, une perception plus fine du monde qui nous entoure et un alignement plus authentique entre nos intentions et nos actions, des compétences essentielles dans le monde professionnel. Et en dehors.


Nos réalisation humaines sont le fruit des relations et des interactions sociales. Celles-ci résultent de l'addition de comportements précis, et non du fruit de tentatives aléatoires.


Il est temps de passer à la prochaine étape de l'évolution de la communication humaine.


Martine Clerc

Novembre 2023

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